E=MC2. Aucune formule n'est aussi célèbre. Aucune, sans doute, n'est également aussi mal comprise. Ce n'est pas une information technique parmi d'autres, c'est une déconstruction ontologique majeure qui se joue ici. E est l'énergie, M la masse et C la vitesse de la lumière. Cette dernière joue un rôle secondaire et fixe essentiellement les unités. Le coeur est donc : E=M. Un pont est jeté entre l'énergie et la masse. Et celui-ci est tout sauf anodin car ces grandeurs sont de natures différentes. L'énergie n'est qu'une propriété secondaire, sujette à variation. Quand on se met en mouvement, l'énergie (dite cinétique) change. Elle est contingente. Tout au contraire, la masse est liée à l'être. La masse d'un électron est la même partout et toujours. Elle est nécessaire, presque définitoire. Ce que montre cette sidérante égalité est qu'il est possible de transmuer de l'énergie en masse, c'est à dire de l'avoir en être ou, si l'on veut, de l'acquis en inné, de l'accidentel en essentiel. C'est un peu comme si l'on pouvait soudainement transformer la couleur d'un livre (une propriété secondaire) en existence d'un nouveau livre, sans détruire le premier ! Et c'est ce qui est à l'oeuvre dans les accélérateurs de particules : le mouvement des corpuscule incidents (leur énergie cinétique donc) se change en existence de nouveaux corpuscules, réels et tangibles, éventuellement sans nuire aux premiers. Un simple déplacement des corps s'est mué en existence de nouveaux corps ! Réciproquement, E=MC2 montre qu'on peut également faire disparaître des particules (les annihiler) en libérant de l'énergie. Quelque chose d'essentiel est ici à l'oeuvre : le matériau ontologique de la physique se redéfinit radicalement. Liée à la mécanique quantique, cette découverte a donné naissance à la théorie quantique des champs qui constitue aujourd'hui notre meilleur modèle du monde microscopique.
Aurélien Barrau

Bonjour, pourriez-vous s'il vous plait me fournir la source exacte de ce tres intéressant texte ? merci.
RépondreSupprimerBonjour, c'est Aurélien Barrau qui a écrit ce texte pour ce site.
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